Etoile à vingt-six ans : Emilie Cozette
Il fut un temps où l'avis du directeur général de l'Opéra de Paris était déterminant, indispensable, à la nommination au titre d'étoile, dans la prestigieuse compagnie du corps de ballet de l'Opéra.
En d'autre terme, avant l'arrivée aux manettes de cette maison unique au monde, de son actuel intendant, le prédecesseur de celui-ci, Hugues Gall était l'incontournable décisionnaire qui faisait - ou ne faisait pas - accéder tel ou telle au titre magique. Monsieur Gall avait son idée bien arrêtée, avec tout ce qu'elle comportait de judicieux, de fin, de pertinent... et de moins compréhensible : la nommination de tel ou telle que ne comprenait pas la critique la plus aguerrie, mais aussi, l'absence de nommination d'un excellent Wilfried Romoli, ou l'interminable délai nécessaire à la reconnaissance d'une évidence nommée Marie-Agnès Gillot, pour ne citer que ces exemples...
Le pouvoir et le mérite de Brigitte Lefebvre auront, entre autre, consisté à réparer quelques injustices : Romoli, déjà cité, ou Delphine Moussin... Il en est d'autres aujourd'hui qui piaffent, enragent à juste titre, devant l'oubli, cruel, humiliant dont ils peuvent s'estimer victimes... Mais on touche là à l'exercice d'un art, d'une discipline sans équivalent, ou le destin d'une carrière se joue de cette manière, aussi implacable... qu'arbitraire.
De ce titres, les Russes, grands rivaux en la matière, disent "Prima Ballerina"... nos amis italiens en rajoutent en précisant : "Assoluta" , tant cette distinction, si enviée, (objet de tant d'efforts, de sacrifices, de douleurs physiques, très librement endurés par tous les postulants qui constituent un corps de ballet), consacre, magnifie, promeut, porte au ciel... l'heureux - ou l'heureuse -nouveau (elle) élu (e) ...
Depuis septembre 2004, la Directrice de la Danse, Brigitte Lefebvre exerce seule ce droit, souverain, régalien... Tout simplement, parce que son patron, insensible à cet art - uniquement préoccupé qu'il est, de trouver des metteurs en scène qui "dépoussièrent" ce répertoire lyrique, qu'il juge trop bourgeois, trop englué "dans la chocolaterie, l'insupportable confiserie" qui, à ses yeux, "le ringardisent définitivement" - lui a confié les clés de la maison "Danse".
Alors, Madame Lefebvre, avec l'autorité, la qualité de jugement, le discernement, mais aussi le goût de l'oukaze qu'on lui connaît, décide, propose à son boss-qui-dit-"oui", la nommination de l'une, de l'autre. ..
Heureuse bénéficiaire de la dernière promotion en date, la ravissante, la gracile, la très jeune (26 ans) Emilie Cozette. Pour l'anecdote: en 2002, "MusiqueS" accompagnait le Ballet dans sa tournée au Brésil. Une observation juste, sans parti pris des jeunes éléments du corps de ballet, quelques conversations avec bon nombre d'entre eux, nous avait fait préssentir l'ascension prévisible de la belle Emilie. Cette intuition fut confirmée, peu de temps après, par l'attribution à l'intéressée du Grand Prix de l'AROP, signe annonciateur de... (?).
Bienvenue donc, à la petite nouvelle dans le club très fermé de ces astres, solistes de rêve, à la durée de vie si précisément limitée...